Dar Beya : Le Vernaculaire,
fleuron émergent du
capitalisme touristique
Dar Beya, située à Béja, se présente comme un projet architectural qui puise son
inspiration dans le vernaculaire tunisien tout en visant à attirer une clientèle
touristique. L’esthétique blanche des dômes, les matériaux naturels, et la piscine
moderne incarnent une tentative de réinventer le patrimoine local. Mais cette
démarche soulève des questions profondes sur l’authenticité, l’écologie, et la
marchandisation du vernaculaire.
Le Vernaculaire au Service du Tourisme
1. La Reproduction Esthétique sans Profondeur Fonctionnelle
Dar Beya s’inspire de l’architecture vernaculaire tunisienne :
- Dômes Blancs : Historiquement utilisés pour leurs avantages thermiques et leur
simplicité structurelle, (répartition unoforme des charges) ils aont ici surtout un
simple outil esthétique pour séduire les touristes.
- Matériaux Locaux : L’utilisation de chaux ou de terre cuite est valorisée pour
donner une impression d’authenticité, mais l’application est souvent
symbolique, sans respecter les logiques traditionnelles (comme la relation entre
forme, usage et climat)
Critique : Le vernaculaire devient une coquille vide, un produit décontextualisé et
reconditionné pour plaire à un public global, souvent étranger, en quête
d’exotisme et de déconnexion. Cette approche risque d’effacer le contexte social,
culturel et historique derrière ces éléments architecturaux.
2. Adaptation au Capitalisme Touristique
Pour attirer les touristes, Dar Beya adopte des codes internationaux du luxe :
- Ajout de la Piscine : Totalement étrangère au contexte architectural traditionnel.
Une piscine dans une région où l’eau est précieuse illustre une contradiction
flagrante entre les revendications écologiques et les exigences de confort des
touristes. - Marketing de masse via Instagram : La promotion de Dar Beya repose sur des
images soigneusement mises en scène, destinées à capitaliser sur l’effet
« Instagrammable » des lieux.
Prix et Exclusivité : Les coûts élevés pour séjourner dans ce type de lieu le
rendent inaccessible pour la population locale, en transformant un patrimoine
collectif en produit de consommation réservé à une élite financière qui n’a rien
d’élite d’ailleurs.
Critique : Cette transformation de l’architecture vernaculaire en produit de luxe
illustre un capitalisme culturel qui instrumentalise le patrimoine exclusivement
pour générer des profits, sans tenir compte de ses origines populaires.
Les Contradictions Écologiques et Vernaculaires
1. La Piscine : Symbole d'un Luxe Non Durable
Les piscines sont un standard attendu dans le tourisme haut de gamme, mais leur
intégration à Dar Beya soulève plusieurs problématiques :
- Consommation d’Eau : Dans un pays où la gestion de l’eau est un défi majeur,
une piscine devient un symbole d’injustice écologique.
- Entretien Chimique : L’utilisation de produits chimiques pour maintenir l’eau
propre est en opposition directe avec l’idée d’une architecture « naturelle » ou
durable.
Critique : La piscine incarne un paradoxe : pour satisfaire une clientèle
touristique exigeante, le projet compromet les idéaux écologiques qu’il prétend
défendre.
2. L'Écologie comme Stratégie Marketing
Dar Beya valorise des éléments comme la chaux ou l’architecture passive pour
renforcer une image « éco-responsable » très bankable. Cependant, ces efforts sont
contredits par :
- L’empreinte carbone souvent désastreuse des touristes internationaux qui
viennent séjourner.
- Le décalage entre la réalité écologique locale et les attentes de consommation
des visiteurs.
Critique : L’écologie devient un argument de vente catalyseur et vide, utilisé pour
justifier un projet qui, en pratique, favorise davantage le consumérisme et
l’appropriation exotique encanaillée que la durabilité.
Tourisme et Capitalisme : Le Commodified
Vernacular
1. Le Vernaculaire comme Miroir du Capitalisme
Le projet de Dar Beya s’inscrit dans une tendance globale où :
- Le patrimoine local est « modernisé » pour correspondre aux standards
internationaux. - L’authenticité est réduite à une esthétique visuelle, au détriment de ses
fonctions sociales et contextuelles. - Les communautés locales, souvent exclues économiquement, n’ont qu’un rôle
passif , voire décoratif dans ce processus.
Exemple : Les dômes, autrefois liés à des pratiques communautaires et
climatiques locales, deviennent ici un simple « atout design », valorisé par des
photos de luxe. La culture locale est consumée comme un produit, plutôt que
vécue comme une expérience sincère.
2. Impact sur la Perception du Patrimoine
Les touristes, exposés à ce « vernaculaire modernisé », développent une image biaisée
de l’architecture tunisienne, où seuls les aspects esthétiques sont valorisés. Cela
peut :
- Marginaliser les versions authentiques, jugées « moins attractives ».
- Renforcer une dépendance économique des communautés locales vis-à-vis du
tourisme.
Conclusion : Une Opportunité ou une Appropriation ?
Dar Beya illustre un modèle courant où le vernaculaire est réinterprété à travers le
prisme du capitalisme touristique. Si ce type de projet peut mettre en valeur le
patrimoine local et attirer une clientèle internationale, il risque aussi de dénaturer
ce qu’il prétend préserver.
Pour éviter cela, une approche plus sincère et respectueuse du patrimoine doit :
- 1. Impliquer activement les communautés locales dans la conception et
l’exploitation des projets. - 2. Réconcilier esthétique, fonction et durabilité sans compromis pour répondre
uniquement à des attentes touristiques. - 3. Limiter l’impact écologique des infrastructures ajoutées, notamment les
piscines.
Dar Beya est une illustration du double tranchant du tourisme moderne : une
opportunité détournée de valorisation culturelle, mais aussi une mise en miroir des
excès d’un capitalisme globalisé.